- La décote retire 0,625 point de taux par trimestre manquant, soit 1,25 % de pension — au maximum 20 trimestres, 25 % de la pension. Elle est définitive.
- La surcote ajoute 1,25 % par trimestre civil entier cotisé après l’âge légal, une fois la durée de référence atteinte, sans plafond.
- À 67 ans, le taux plein est automatique — mais les trimestres manquants réduisent toujours la pension par la proratisation.
- Depuis la suspension de la réforme, l’âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à début 1965, et atteint 64 ans à partir de 1969.
- Avant de fixer une date, vérifiez le relevé : un trimestre retrouvé vaut 1,25 % de pension à vie.
La date de départ est sans doute la décision financière la plus lourde de votre vie : un trimestre de plus ou de moins change votre pension de plusieurs dizaines d’euros par mois, à vie. Les deux mécanismes qui la gouvernent, décote et surcote, sont simples à énoncer et faciles à mal appliquer — surtout depuis que la suspension de la réforme a modifié le calendrier des âges.
La décote : le coût de partir trop tôt
Si vous partez après l’âge légal mais sans la durée de référence de votre génération, votre pension de base est calculée à un taux réduit. La minoration est de 0,625 point de taux par trimestre manquant : le taux plein de 50 % devient 49,375 % pour un trimestre, 45 % pour huit. Rapportée à la pension, chaque trimestre manquant coûte donc 1,25 %.
Le nombre de trimestres retenu est le plus petit de deux décomptes : ceux qui vous manquent pour atteindre la durée de référence, ou ceux qui vous séparent de 67 ans. Comme la distance à 67 ans ne peut dépasser 20 trimestres depuis l’âge légal, la décote est plafonnée de fait à 20 trimestres.
| Trimestres manquants | Taux de liquidation | Effet sur la pension de base |
|---|---|---|
| 1 trimestre | 49,375 % | − 1,25 % |
| 4 trimestres | 47,5 % | − 5 % |
| 8 trimestres | 45 % | − 10 % |
| 12 trimestres | 42,5 % | − 15 % |
| 20 trimestres (maximum) | 37,5 % | − 25 % |
Exemple chiffré
Paul, né en 1963. Âge légal : 62 ans et 9 mois. Durée de référence : 170 trimestres. Il part à 64 ans, en 2027, avec 162 trimestres validés.
Il lui manque 8 trimestres pour la durée ; 12 le séparent de 67 ans. On retient 8.
Taux de liquidation : 50 % − 8 × 0,625 = 45 %.
Avec un salaire annuel moyen de 30 000 € : 30 000 × 45 % × 162/170 = 12 865 € par an, soit 1 072 € par mois.
Au taux plein avec 170 trimestres : 30 000 × 50 % = 15 000 € par an, soit 1 250 € par mois.
Écart : 178 € par mois, à vie — plus de 42 000 € sur vingt ans de retraite. Et l’écart se décompose en deux parts : la décote (10 % du taux) et la proratisation (162/170), qui s’appliquent toutes les deux.
La surcote : le bonus de partir après le taux plein
À l’inverse, si vous continuez à travailler après l’âge légal alors que vous avez déjà la durée de référence, chaque trimestre civil entier cotisé en plus majore votre pension de base de 1,25 %, sans plafond. La surcote se calcule sur la pension après majoration pour enfants, et elle vient s’ajouter au minimum contributif si vous y avez droit.
Deux précisions qui comptent dans le calcul. Le décompte commence au premier jour du trimestre civil suivant celui où vous atteignez l’âge légal ; et seuls les trimestres civils entiers sont pris en compte — un départ en cours de trimestre laisse le trimestre entamé de côté.
Catherine, née en 1962. Âge légal : 62 ans et 6 mois. Elle a ses 169 trimestres à 64 ans et décide de travailler deux ans de plus, soit huit trimestres civils entiers.
Surcote : 8 × 1,25 % = 10 %.
Pension au taux plein : 1 400 € par mois. Avec surcote : 1 400 × 1,10 = 1 540 € par mois.
Gain : 140 € par mois, à vie — 33 600 € sur vingt ans, auxquels s’ajoutent les points de complémentaire acquis pendant ces deux années.
Tout le calcul repose sur les trimestres inscrits au relevé. Le diagnostic SmartRetraite les compte année par année et signale ceux qui manquent. Gratuit, sans inscription.
Et la complémentaire AGIRC-ARRCO ?
La complémentaire des salariés n’applique pas de surcote. En revanche, chaque trimestre travaillé après le taux plein continue d’acheter des points, et donc d’augmenter la pension complémentaire : travailler plus longtemps rapporte aux deux étages, même si un seul l’affiche comme une surcote.
Elle applique en revanche sa propre décote en cas de départ avant le taux plein, sur le même nombre de trimestres manquants que la base : 1 % par trimestre jusqu’au douzième, 1,25 % à partir du treizième, dans la limite de 20 trimestres. Quinze trimestres manquants coûtent ainsi 15,75 % de complémentaire. Le coefficient de solidarité qui minorait temporairement les pensions liquidées dès le taux plein n’existe plus pour les départs récents : partir dès le taux plein atteint n’entraîne plus de pénalité sur la complémentaire.
L’âge du taux plein automatique : 67 ans
Quel que soit votre nombre de trimestres, votre pension est liquidée au taux plein de 50 % à partir de 67 ans. C’est l’âge d’annulation de la décote. Mais attendre 67 ans n’efface pas les trimestres manquants : le coefficient de proratisation continue de s’appliquer.
Un assuré né en 1963, avec 155 trimestres sur 170, part à 67 ans. Taux : 50 %, sans décote. Proratisation : 155/170 = 91,2 %. Sa pension est calculée au taux plein, puis réduite de 8,8 % par rapport à une carrière complète.
Le calendrier des âges après la suspension de la réforme
Depuis le 1er septembre 2026, la montée en charge de la réforme de 2023 est gelée au niveau atteint : l’âge légal reste à 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à mars 1965, puis reprend sa progression jusqu’à 64 ans. La durée de référence, elle, n’est pas modifiée.
| Année de naissance | Âge légal | Trimestres requis |
|---|---|---|
| 1960 | 62 ans | 167 |
| Janvier à août 1961 | 62 ans | 168 |
| Septembre à décembre 1961 | 62 ans et 3 mois | 169 |
| 1962 | 62 ans et 6 mois | 169 |
| 1963 à mars 1965 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| Avril à décembre 1965 | 63 ans | 171 |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 |
| 1969 et après | 64 ans | 172 |
Âge du taux plein automatique : 67 ans pour toutes les générations. Les dispositifs de départ anticipé (carrière longue, handicap, inaptitude) ont leurs propres âges — voir carrière longue.
Début ou fin d’année : une question de timing
Le premier jour du mois
La pension prend effet le premier jour du mois suivant la fin d’activité. Un départ le 15 mars et un départ le 1er mars donnent tous deux une pension au 1er avril : un départ en milieu de mois ne fait qu’abandonner des jours de salaire.
Le trimestre civil
Les trimestres sont validés par année civile, en fonction du revenu cotisé — 1 803 € par trimestre en 2026. Travailler le premier trimestre d’une année peut valider un trimestre de plus qu’un départ au 31 décembre ; et pour la surcote, seul un trimestre civil entier compte.
Le salaire annuel moyen
Votre dernière année entre dans le calcul du salaire annuel moyen si elle fait partie de vos 25 meilleures. Une année supplémentaire bien rémunérée peut en remplacer une plus faible, et relever la base de calcul en plus de la surcote.
Trois questions avant de fixer votre date
1. Mon relevé est-il exact ?
Toute la logique de décote et de surcote repose sur vos trimestres validés. Si le relevé en oublie — périodes de chômage, maladie, service militaire, apprentissage, salaires mal reportés —, votre calcul est faux avant d’avoir commencé. Un seul trimestre retrouvé peut transformer une décote en taux plein. Voir les erreurs du relevé de carrière.
2. Que rapporte vraiment un trimestre de plus ?
Comparez le gain de pension cumulé sur votre espérance de vie au coût réel du trimestre de travail supplémentaire. Sur une pension de 1 500 € par mois, un trimestre vaut 18,75 € par mois : environ 4 500 € sur vingt ans. À vous de le mettre en regard de trois mois de salaire, et de votre envie de continuer.
3. Ai-je regardé les autres leviers ?
Avant de travailler plus longtemps uniquement pour éviter une décote, examinez le rachat de trimestres — de 1 055 € à 6 684 € le trimestre en 2026, souvent moins qu’une année de travail — et la récupération des périodes oubliées, qui ne coûte rien.