- Un TNS cotise à la SSI et au RCI (gérants majoritaires, artisans, commerçants) ou à la CNAVPL et à une caisse de section (libéraux réglementés). Les avocats relèvent de la CNBF.
- La base SSI se calcule comme celle d’un salarié : revenu annuel moyen des 25 meilleures années, taux, durée. La complémentaire RCI est en points : 1,347 € le point en 2026.
- Un trimestre est validé par 1 803 € de revenu cotisé (150 SMIC horaire), quatre trimestres pour 7 212 €.
- Les erreurs des relevés TNS viennent surtout des cotisations provisoires jamais régularisées, des changements de statut et de la base CNAVPL oubliée par les libéraux.
- Les arbitrages de rémunération ou de forme sociale ne se traitent pas ici : ils relèvent d’un conseil personnalisé.
Travailleur non salarié — gérant majoritaire de SARL, associé unique d’EURL, artisan, commerçant, profession libérale —, votre retraite ne se lit pas comme celle d’un salarié. Vous avez cotisé sur un revenu que vous avez vous-même déclaré, parfois régularisé deux ans plus tard, auprès de régimes qui se sont succédé et fusionnés. Le relevé qui en résulte est plus fragile que celui d’un salarié, et personne d’autre que vous ne le vérifiera.
Ce guide explique à quelle caisse vous cotisez, comment vos droits se construisent et où les relevés d’indépendants perdent des trimestres et des points. Valeurs 2026.
Quel régime pour quel statut ?
| Statut | Régime de base | Complémentaire (point 2026) | Ce qu’il faut vérifier |
|---|---|---|---|
| Gérant majoritaire de SARL, associé unique d'EURL | SSI (régime général) — revenu annuel moyen | RCI — point 1,347 € | Relevé de carrière + relevé de points RCI |
| Artisan, commerçant, entrepreneur individuel | SSI (régime général) — revenu annuel moyen | RCI — point 1,347 € | Relevé de carrière + relevé de points RCI |
| Micro-entrepreneur | SSI (régime général) — selon le chiffre d'affaires | RCI — point 1,347 € | Relevé de carrière : trimestres validés par le chiffre d'affaires |
| Profession libérale réglementée | CNAVPL — points (0,6599 €) | Section professionnelle (CARMF, CAVEC, CARPIMKO…) | Deux relevés distincts : base CNAVPL et complémentaire de section |
| Profession libérale non réglementée créée depuis 2018 | SSI (régime général) — revenu annuel moyen | RCI — point 1,347 € | Vérifier le régime réellement appliqué à la création |
| Avocat | CNBF — base forfaitaire | CNBF — points | Un seul relevé, deux régimes |
Le point commun de tous ces régimes : ils inscrivent vos droits à partir de l’assiette que vous avez déclarée et des cotisations réellement encaissées. C’est ce qui les rend plus exposés aux erreurs que la retraite des salariés, où l’employeur déclare et paie pour vous.
Comment se construit votre retraite de TNS
La base : trimestres et revenu annuel moyen
Pour les TNS rattachés à la SSI, la base se calcule exactement comme au régime général : revenu annuel moyen des 25 meilleures années (chaque année limitée au PASS, 48 060 € en 2026), multiplié par le taux — 50 % au taux plein — et par le rapport entre vos trimestres validés et la durée de référence de votre génération. Depuis 2017, la liquidation unique totalise les trimestres SSI, CNAV et MSA comme s’il s’agissait d’un seul régime.
Pour les libéraux réglementés, la base est gérée par la CNAVPL et se calcule en points (0,6599 € le point en 2026), pas sur un revenu moyen. Les trimestres n’y servent qu’à fixer le taux. Le détail est dans notre guide retraite des professions libérales.
La complémentaire : des points, dans tous les cas
Au RCI, chaque euro de cotisation achète des points au prix de 21,726 € (2026), servis ensuite à 1,347 € le point. Il n’y a pas de cotisation minimale : une année sans revenu est une année sans point. La décote y est propre au régime — 1 % par trimestre manquant jusqu’au douzième, 1,25 % au-delà — et se calcule sur le même nombre de trimestres manquants que la base.
Chez les libéraux, la complémentaire est celle de la caisse de section, avec sa propre valeur de point — de 0,41 € à 77,14 € selon la caisse en 2026 — et le plus souvent ses classes de cotisation.
Le piège n° 1 : les cotisations provisoires jamais régularisées
C’est l’erreur la plus fréquente sur les relevés d’indépendants, et celle qui coûte le plus cher.
Vos cotisations d’une année sont d’abord appelées sur une base provisoire — une assiette forfaitaire de 19 % du PASS les deux premières années, soit 9 131 € en 2026, puis le revenu de N-2 —, et régularisées quand votre revenu réel est connu. Quand tout se passe bien, le relevé finit par refléter le revenu réel. Mais une régularisation qui ne remonte pas, un échéancier négocié puis oublié, une première année de collaboration soldée en retard, et ce sont des trimestres non validés sur des années où vous étiez pourtant en activité.
Cas typique : un indépendant qui compte trente-huit années d’activité et dont le relevé n’en valide que trente-deux, parce que les régularisations d’une période de six ans n’ont jamais été inscrites. Retrouver ces trimestres est possible, mais suppose de produire les attestations de cotisations de l’époque — d’où l’intérêt de vérifier tôt.
Le diagnostic SmartRetraite compte vos trimestres année par année, régime par régime, et signale les années incomplètes. Gratuit, sans inscription.
Le piège n° 2 : les changements de statut
Beaucoup d’indépendants ont eu plusieurs vies : salarié, puis créateur, puis gérant, parfois de retour au salariat. Chaque période ouvre des droits dans un régime différent, et chaque régime fait son calcul de son côté.
La liquidation unique règle la question pour la base des régimes alignés : CNAV, SSI et MSA totalisent leurs trimestres. Elle ne s’applique ni aux libéraux (CNAVPL), ni aux complémentaires : l’AGIRC-ARRCO d’une période salariée et le RCI d’une période de gérance restent deux pensions séparées, chacune avec ses règles. Vous avez donc deux relevés de points à vérifier, pas un.
Le piège n° 3 : la base CNAVPL que les libéraux oublient
Si vous êtes libéral, vous cotisez auprès de votre caisse de section. Mais vos droits de base sont gérés par la CNAVPL, qui inscrit vos points à partir des cotisations que la section lui transmet. Beaucoup de libéraux ne vérifient que le relevé de leur caisse et ne regardent jamais la ligne CNAVPL.
Une cotisation mal transmise par la section se traduit par des points de base manquants — et donc des trimestres de durée d’assurance en moins, avec leur effet sur le taux. Sur le relevé de situation, la base CNAVPL et la complémentaire de section sont deux lignes distinctes : lisez les deux.
Ce que vaut un trimestre ou un point retrouvé
Exemple illustratif, aux valeurs 2026, pour un gérant de SARL qui liquide avec une pension de base de 1 600 € par mois :
- 3 trimestres SSI retrouvés alors qu’il lui en manquait pour le taux plein : décote réduite de 3,75 % (1,25 % par trimestre), soit environ 60 € par mois à vie ;
- 1 200 points RCI réinscrits après une régularisation oubliée : 1 200 × 1,347 €, soit 1 616 € par an, environ 135 € par mois.
Près de 200 € par mois, à vie, sur un dossier sans rien d’exceptionnel. Le gain dépend évidemment de votre situation ; ce qui ne dépend pas d’elle, c’est qu’un trimestre ou un point qui manque au relevé ne se rétablit jamais tout seul.
Rachat de trimestres : les vrais chiffres 2026
Un TNS peut, comme tout assuré, racheter jusqu’à douze trimestres au titre des années d’études ou des années incomplètes. Le barème officiel 2026 va de 1 055 € le trimestre (à 20 ans, option taux seul, revenu inférieur à 36 045 €) à 6 684 € (à 62 ans, option taux et durée, revenu supérieur au PASS). Le prix dépend de votre âge à la demande, de votre revenu moyen et de l’option choisie ; il est déductible du revenu imposable.
Avant de racheter, vérifiez le relevé : un trimestre retrouvé ne coûte rien, un trimestre racheté coûte plusieurs milliers d’euros. Le barème complet, la rentabilité selon l’âge et les cas où le rachat ne vaut pas la peine sont dans notre guide du rachat de trimestres 2026, et le cas particulier des indépendants dans rachat de trimestres et TNS.
Quand vérifier son relevé de TNS ?
Vers 50-55 ans, pour repérer les anomalies tant que les justificatifs se retrouvent encore : attestations URSSAF, appels de cotisations, extraits Kbis, bulletins d’une période salariée. Plus on attend, plus les pièces sont difficiles à reconstituer.
Vers 60 ans, avant de fixer une date de départ : c’est le nombre de trimestres validés qui décide du taux plein, de la décote ou de la surcote, et donc de la date qui vous convient. Voir surcote, décote et date de départ.
À la notification de la pension, pour contrôler que chaque caisse a appliqué vos droits, et contester dans le délai de recours de deux mois si ce n’est pas le cas.
Dirigeant de société : ce que ce guide ne traite pas
Le choix entre gérance majoritaire et présidence de SAS, l’arbitrage entre rémunération et dividendes, le dimensionnement d’un PER ou le devenir d’anciens contrats Madelin sont des décisions de stratégie de rémunération et de patrimoine, qui dépendent de votre structure, de votre fiscalité et de vos objectifs. Elles se traitent en bilan personnalisé, pas dans un guide de vérification. Le cabinet du concepteur de SmartRetraite, Compétence Retraite, accompagne les dirigeants sur ces arbitrages.
Ce que SmartRetraite fait, en revanche, c’est la base de tout arbitrage : établir ce que votre relevé vous reconnaît réellement aujourd’hui, régime par régime.
Par où commencer
- Téléchargez votre relevé de situation individuelle sur info-retraite.fr.
- Rassemblez vos attestations de cotisations, appels de cotisations, actes de société et, le cas échéant, vos bulletins de salaire d’une période salariée.
- Comparez, année par année, trimestres validés et réalité de votre activité ; points crédités et cotisations réellement versées.
- Notez chaque écart avec l’année et la caisse concernées : c’est la matière d’une demande de rectification.
Les dossiers d’indépendants comptent parmi les plus délicats à contrôler, parce qu’ils combinent plusieurs régimes et des historiques de cotisations sur trente ou quarante ans. Le diagnostic SmartRetraite croise vos lignes CNAV, SSI, RCI, CNAVPL et caisses libérales pour repérer les années où ce qui est inscrit ne correspond pas à ce que vous avez cotisé. Pour un panorama des autres statuts, voyez la retraite selon votre métier.