Retraite du TNS : comment vérifier vos trimestres et vos points, régime par régime

Gérant majoritaire, artisan, commerçant, profession libérale : votre retraite se construit sur deux ou trois régimes qui ne se parlent pas. Voici où regarder sur le relevé, et ce qui s'y perd le plus souvent.

Claude-Henri PoitouClaude-Henri PoitouSpécialiste retraite · 18 régimes
Publié le 20 septembre 2026 · 11 min de lecture
L'essentiel
  • Un TNS cotise à la SSI et au RCI (gérants majoritaires, artisans, commerçants) ou à la CNAVPL et à une caisse de section (libéraux réglementés). Les avocats relèvent de la CNBF.
  • La base SSI se calcule comme celle d’un salarié : revenu annuel moyen des 25 meilleures années, taux, durée. La complémentaire RCI est en points : 1,347 € le point en 2026.
  • Un trimestre est validé par 1 803 € de revenu cotisé (150 SMIC horaire), quatre trimestres pour 7 212 €.
  • Les erreurs des relevés TNS viennent surtout des cotisations provisoires jamais régularisées, des changements de statut et de la base CNAVPL oubliée par les libéraux.
  • Les arbitrages de rémunération ou de forme sociale ne se traitent pas ici : ils relèvent d’un conseil personnalisé.

Travailleur non salarié — gérant majoritaire de SARL, associé unique d’EURL, artisan, commerçant, profession libérale —, votre retraite ne se lit pas comme celle d’un salarié. Vous avez cotisé sur un revenu que vous avez vous-même déclaré, parfois régularisé deux ans plus tard, auprès de régimes qui se sont succédé et fusionnés. Le relevé qui en résulte est plus fragile que celui d’un salarié, et personne d’autre que vous ne le vérifiera.

Ce guide explique à quelle caisse vous cotisez, comment vos droits se construisent et où les relevés d’indépendants perdent des trimestres et des points. Valeurs 2026.

Quel régime pour quel statut ?

StatutRégime de baseComplémentaire (point 2026)Ce qu’il faut vérifier
Gérant majoritaire de SARL, associé unique d'EURLSSI (régime général) — revenu annuel moyenRCI — point 1,347 €Relevé de carrière + relevé de points RCI
Artisan, commerçant, entrepreneur individuelSSI (régime général) — revenu annuel moyenRCI — point 1,347 €Relevé de carrière + relevé de points RCI
Micro-entrepreneurSSI (régime général) — selon le chiffre d'affairesRCI — point 1,347 €Relevé de carrière : trimestres validés par le chiffre d'affaires
Profession libérale réglementéeCNAVPL — points (0,6599 €)Section professionnelle (CARMF, CAVEC, CARPIMKO…)Deux relevés distincts : base CNAVPL et complémentaire de section
Profession libérale non réglementée créée depuis 2018SSI (régime général) — revenu annuel moyenRCI — point 1,347 €Vérifier le régime réellement appliqué à la création
AvocatCNBF — base forfaitaireCNBF — pointsUn seul relevé, deux régimes

Le point commun de tous ces régimes : ils inscrivent vos droits à partir de l’assiette que vous avez déclarée et des cotisations réellement encaissées. C’est ce qui les rend plus exposés aux erreurs que la retraite des salariés, où l’employeur déclare et paie pour vous.

Comment se construit votre retraite de TNS

La base : trimestres et revenu annuel moyen

Pour les TNS rattachés à la SSI, la base se calcule exactement comme au régime général : revenu annuel moyen des 25 meilleures années (chaque année limitée au PASS, 48 060 € en 2026), multiplié par le taux — 50 % au taux plein — et par le rapport entre vos trimestres validés et la durée de référence de votre génération. Depuis 2017, la liquidation unique totalise les trimestres SSI, CNAV et MSA comme s’il s’agissait d’un seul régime.

1 803 €
le revenu cotisé qui valide un trimestre en 2026 (150 SMIC horaire) — 7 212 € pour valider l'année

Pour les libéraux réglementés, la base est gérée par la CNAVPL et se calcule en points (0,6599 € le point en 2026), pas sur un revenu moyen. Les trimestres n’y servent qu’à fixer le taux. Le détail est dans notre guide retraite des professions libérales.

La complémentaire : des points, dans tous les cas

Au RCI, chaque euro de cotisation achète des points au prix de 21,726 € (2026), servis ensuite à 1,347 € le point. Il n’y a pas de cotisation minimale : une année sans revenu est une année sans point. La décote y est propre au régime — 1 % par trimestre manquant jusqu’au douzième, 1,25 % au-delà — et se calcule sur le même nombre de trimestres manquants que la base.

Chez les libéraux, la complémentaire est celle de la caisse de section, avec sa propre valeur de point — de 0,41 € à 77,14 € selon la caisse en 2026 — et le plus souvent ses classes de cotisation.

Le piège n° 1 : les cotisations provisoires jamais régularisées

C’est l’erreur la plus fréquente sur les relevés d’indépendants, et celle qui coûte le plus cher.

Vos cotisations d’une année sont d’abord appelées sur une base provisoire — une assiette forfaitaire de 19 % du PASS les deux premières années, soit 9 131 € en 2026, puis le revenu de N-2 —, et régularisées quand votre revenu réel est connu. Quand tout se passe bien, le relevé finit par refléter le revenu réel. Mais une régularisation qui ne remonte pas, un échéancier négocié puis oublié, une première année de collaboration soldée en retard, et ce sont des trimestres non validés sur des années où vous étiez pourtant en activité.

Cas typique : un indépendant qui compte trente-huit années d’activité et dont le relevé n’en valide que trente-deux, parce que les régularisations d’une période de six ans n’ont jamais été inscrites. Retrouver ces trimestres est possible, mais suppose de produire les attestations de cotisations de l’époque — d’où l’intérêt de vérifier tôt.

Le contrôle à faire : sur votre relevé, comptez les trimestres validés pour chaque année d’activité. Une année complète cotisée sur plus de 7 212 € de revenu doit en valider quatre. Si vous en voyez un ou deux pour une année où vous travailliez à temps plein avec un revenu normal, il y a un écart à expliquer — soit un revenu réellement faible cette année-là, soit une régularisation manquante.
Combien de trimestres votre relevé valide-t-il vraiment ?

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Le piège n° 2 : les changements de statut

Beaucoup d’indépendants ont eu plusieurs vies : salarié, puis créateur, puis gérant, parfois de retour au salariat. Chaque période ouvre des droits dans un régime différent, et chaque régime fait son calcul de son côté.

La liquidation unique règle la question pour la base des régimes alignés : CNAV, SSI et MSA totalisent leurs trimestres. Elle ne s’applique ni aux libéraux (CNAVPL), ni aux complémentaires : l’AGIRC-ARRCO d’une période salariée et le RCI d’une période de gérance restent deux pensions séparées, chacune avec ses règles. Vous avez donc deux relevés de points à vérifier, pas un.

Piège fréquent
Le passage d’un statut à l’autre est le moment où les relevés se trompent : périodes rattachées au mauvais régime autour de la date de bascule, trimestres comptés deux fois puis retirés à la liquidation, revenu annuel moyen faussé par une année à cheval. Comparez les dates de changement de statut inscrites au relevé avec vos actes de société et vos déclarations. Notre guide des carrières multi-régimes détaille la méthode.

Le piège n° 3 : la base CNAVPL que les libéraux oublient

Si vous êtes libéral, vous cotisez auprès de votre caisse de section. Mais vos droits de base sont gérés par la CNAVPL, qui inscrit vos points à partir des cotisations que la section lui transmet. Beaucoup de libéraux ne vérifient que le relevé de leur caisse et ne regardent jamais la ligne CNAVPL.

Une cotisation mal transmise par la section se traduit par des points de base manquants — et donc des trimestres de durée d’assurance en moins, avec leur effet sur le taux. Sur le relevé de situation, la base CNAVPL et la complémentaire de section sont deux lignes distinctes : lisez les deux.

Ce que vaut un trimestre ou un point retrouvé

Exemple illustratif, aux valeurs 2026, pour un gérant de SARL qui liquide avec une pension de base de 1 600 € par mois :

  • 3 trimestres SSI retrouvés alors qu’il lui en manquait pour le taux plein : décote réduite de 3,75 % (1,25 % par trimestre), soit environ 60 € par mois à vie ;
  • 1 200 points RCI réinscrits après une régularisation oubliée : 1 200 × 1,347 €, soit 1 616 € par an, environ 135 € par mois.

Près de 200 € par mois, à vie, sur un dossier sans rien d’exceptionnel. Le gain dépend évidemment de votre situation ; ce qui ne dépend pas d’elle, c’est qu’un trimestre ou un point qui manque au relevé ne se rétablit jamais tout seul.

Rachat de trimestres : les vrais chiffres 2026

Un TNS peut, comme tout assuré, racheter jusqu’à douze trimestres au titre des années d’études ou des années incomplètes. Le barème officiel 2026 va de 1 055 € le trimestre (à 20 ans, option taux seul, revenu inférieur à 36 045 €) à 6 684 € (à 62 ans, option taux et durée, revenu supérieur au PASS). Le prix dépend de votre âge à la demande, de votre revenu moyen et de l’option choisie ; il est déductible du revenu imposable.

Avant de racheter, vérifiez le relevé : un trimestre retrouvé ne coûte rien, un trimestre racheté coûte plusieurs milliers d’euros. Le barème complet, la rentabilité selon l’âge et les cas où le rachat ne vaut pas la peine sont dans notre guide du rachat de trimestres 2026, et le cas particulier des indépendants dans rachat de trimestres et TNS.

Quand vérifier son relevé de TNS ?

Vers 50-55 ans, pour repérer les anomalies tant que les justificatifs se retrouvent encore : attestations URSSAF, appels de cotisations, extraits Kbis, bulletins d’une période salariée. Plus on attend, plus les pièces sont difficiles à reconstituer.

Vers 60 ans, avant de fixer une date de départ : c’est le nombre de trimestres validés qui décide du taux plein, de la décote ou de la surcote, et donc de la date qui vous convient. Voir surcote, décote et date de départ.

À la notification de la pension, pour contrôler que chaque caisse a appliqué vos droits, et contester dans le délai de recours de deux mois si ce n’est pas le cas.

Contexte 2026 : la réforme des retraites est suspendue depuis le 1er septembre 2026. L’âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à début 1965, puis reprend sa progression jusqu’à 64 ans à partir de la génération 1969. Ces paramètres peuvent encore évoluer ; les trimestres inscrits à votre relevé, eux, ne bougeront que si vous les faites corriger.

Dirigeant de société : ce que ce guide ne traite pas

Le choix entre gérance majoritaire et présidence de SAS, l’arbitrage entre rémunération et dividendes, le dimensionnement d’un PER ou le devenir d’anciens contrats Madelin sont des décisions de stratégie de rémunération et de patrimoine, qui dépendent de votre structure, de votre fiscalité et de vos objectifs. Elles se traitent en bilan personnalisé, pas dans un guide de vérification. Le cabinet du concepteur de SmartRetraite, Compétence Retraite, accompagne les dirigeants sur ces arbitrages.

Ce que SmartRetraite fait, en revanche, c’est la base de tout arbitrage : établir ce que votre relevé vous reconnaît réellement aujourd’hui, régime par régime.

Par où commencer

  1. Téléchargez votre relevé de situation individuelle sur info-retraite.fr.
  2. Rassemblez vos attestations de cotisations, appels de cotisations, actes de société et, le cas échéant, vos bulletins de salaire d’une période salariée.
  3. Comparez, année par année, trimestres validés et réalité de votre activité ; points crédités et cotisations réellement versées.
  4. Notez chaque écart avec l’année et la caisse concernées : c’est la matière d’une demande de rectification.

Les dossiers d’indépendants comptent parmi les plus délicats à contrôler, parce qu’ils combinent plusieurs régimes et des historiques de cotisations sur trente ou quarante ans. Le diagnostic SmartRetraite croise vos lignes CNAV, SSI, RCI, CNAVPL et caisses libérales pour repérer les années où ce qui est inscrit ne correspond pas à ce que vous avez cotisé. Pour un panorama des autres statuts, voyez la retraite selon votre métier.

Questions fréquentes

À quelle caisse cotise un gérant majoritaire de SARL ?+
À la Sécurité sociale des indépendants (SSI), intégrée au régime général pour la retraite de base, et au Régime complémentaire des indépendants (RCI) pour la complémentaire. Un gérant majoritaire ne cotise jamais à l'AGIRC-ARRCO au titre de son mandat. Le président de SAS, lui, est assimilé salarié : CNAV et AGIRC-ARRCO.
Comment se calcule la retraite de base d'un TNS rattaché à la SSI ?+
Comme celle d'un salarié : revenu annuel moyen des 25 meilleures années (limitées au PASS de chaque année), multiplié par le taux (50 % au taux plein) et par le rapport entre trimestres validés et durée de référence. Depuis 2017, les trimestres SSI, CNAV et MSA sont totalisés dans une liquidation unique.
Combien faut-il de revenu pour valider un trimestre en 2026 ?+
Un trimestre est validé par tranche de 150 fois le SMIC horaire de revenu cotisé, soit 1 803 € en 2026 ; quatre trimestres pour 7 212 € dans l'année. Une année d'activité complète mais faiblement rémunérée peut donc ne valider que un, deux ou trois trimestres — ce n'est pas une erreur, mais cela se vérifie.
Les libéraux ont-ils aussi un relevé CNAVPL à vérifier ?+
Oui, et c'est le plus souvent oublié. La caisse de section (CARMF, CIPAV, CAVEC…) encaisse les cotisations, mais la base est gérée par la CNAVPL, en points. Sur le relevé, ce sont deux lignes distinctes ; une cotisation mal transmise par la section se traduit par des points de base manquants.
Doit-on vérifier soi-même son relevé de carrière quand on est TNS ?+
Oui. Les caisses ne contrôlent pas d'elles-mêmes la cohérence entre les cotisations appelées, celles réellement versées et les droits inscrits. Les régularisations de cotisations des années passées remontent mal au relevé, et un trimestre non validé à l'époque ne réapparaît pas seul vingt ans plus tard.
À quel âge un TNS peut-il partir à la retraite ?+
Aux mêmes âges que les salariés : âge légal de 62 ans à 64 ans selon la génération — gelé à 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à début 1965 depuis la suspension de la réforme, 64 ans à partir de la génération 1969 —, avec une durée de référence qui monte jusqu'à 172 trimestres. Le détail par année de naissance est dans notre guide sur le nombre de trimestres.
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